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1838 : premier éclairage de la Basse Seine

Le vendredi 27 mai 2022, par Jean-Pierre Derouard

Quelques instants encore et l’on arrive à Vatteville. […] De distance en distance nous apercevons des fanaux établis depuis quelques années pour le service de la navigation. Dans cette partie de la Seine, surtout entre Aizier et Villequier, partie qu’on appelle la traverse, et où l’on est exposé à échouer en raison des bancs de sable qui ne laissent qu’un faible tirant d’eau, ces fanaux sont d’une grande utilité.
Joseph Morlent, Voyage historique du Havre à Paris sur la Seine, 1840

 Carte de 1853. ADSM

En 1829, G. P. Legrand, ancien chef du pilotage et capitaine du port de Rouen, propose l’éclairage de la Seine entre le Caudebecquet et la mer – l’estuaire – par des feux pour permettre à navigation à vapeur, alors à des débuts très prometteurs, de se continuer de nuit et à servir d’amers pendant le jour. Le projet est accepté en 1831 puis étudiés par les ingénieurs Fauqueux, Frissard, Robin et Martin. Douze feux doivent être construits en des endroits choisis :

à Caudebecquet [commune de Saint-Wandrille-Rançon]
au Fourneau [Villequier]
au bout de la forêt de Brotonne [la Neuville]
à la posée de la Vacquerie
à Aizier
à Courval [Trouville-la-Haule]
au Gros-Heurt [Saint-Aubin-sur-Quillebeuf]
vis-à-vis Lillebonne [le Mesnil]
à la pointe de la Roque [Saint-Samson-de-la-Roque]
à la posée de Berville [Berville-sur-Mer]
au bout du Hode [Saint-Vigor-d’Ymonville]
à la pointe du Hoc [à l’embouchure de la Lézarde]
sera très rapidement ajouté un feu à la pointe de Tancarville.

Notons que Quillebeuf a son phare depuis 1816.

La chronologie est ensuite beaucoup plus imprécise. Les feux sont encore un projet en 1832 (Pierre François Frissard, La navigation fluviale du Havre à Paris). A en croire Henri Wallon (Le magasin de sauvetage de Quillebeuf et les services qu’il a rendus à la navigation, 1902), la construction des 12 feux est adjugée en juillet 1835, à Jacques Duboc, de Bapeaume – pour 14 000 francs, et les feux de Villequier, Courval et du Gros-Heurt sont construits dès 1836. Le Journal de Rouen du 28 avril 1838 annonce que « les 12 phares seront allumés à partir du 1er mai ». Ce que confirment des états de l’éclairage de 1872 et 1882 pour le Mesnil, Villequier, Caudebecquet, la Vaquerie, Courval et la Roque.

Le système d’éclairage est appelé réverbère en 1829 puis indifféremment fanal ou feu, mais plus rarement phare – mais le gardien est systématiquement un gardien de phares.

Les feux sont avant tout situés sur des hauteurs, cinq sont sur la rive même du fleuve : les ingénieurs des Ponts-et-Chaussées n’avaient pas prévu l’endiguement qui commencera moins de vingt ans plus tard.

Les deux feux subsistant - la Neuville et Courval – et les deux dont en a des photos anciennes – le Mesnil et Villequier – montrent que tous les feux présentent la même architecture : une tourelle en brique au diamètre décroissant, de 5 ou 8 mètres de hauteur, une base en pierre calcaire, un couronnement de la même pierre supporte l’appareil d’éclairage – le fanal proprement dit – protégé par une cage en fer.

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Cage du feu du Mesnil

Nous nous intéresserons plus particulièrement aux feux de la Vaquerie (ou Vacquerie), la Neuville et Villequier qui balisent la Traverse, « l’écueil le plus dangereux de la rivière », où des bancs de très faible tirant d’eau même à marée haute obligent les navires montants à passer de la rive gauche à la rive droite.

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Feu de la Vaquerie rive gauche (Vatteville-la-Rue)
En 1831, un feu est jugé nécessaire à la posée de la Vaquerie, hameau isolé en pleine forêt de Brotonne mais loin d’être désert : il compte 106 habitants en 1841, à y signaler un poste de 6 douaniers. En 1861, le feu est déplacé 500 mètres en amont et la tourelle est remplacée par « un candélabre en fonte avec guérite en tôle ». Actuellement Vaquerie amont et Vaquerie aval.

Feu de la Neuville ou de la forêt de Brotonne rive gauche (Vatteville-la-Rue)
Le feu de la Neuville a été construit sur la rive, comme le prouvent les morsures de cordes d’amarrage à sa base. Le phare de Vatteville figure sur la carte de 1853 que nous donnons ci-dessus. Mais l’endiguement de cette partie de la Seine s’est terminé en 1848. Eloigné de la rive de près de 500 mètres, le feu est désaffecté avant 1860.

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Le phare de Vatteville

Feu du Fourneau ensuite de Villequier rive droite
Le Fourneau semble être le nom d’abord donné au feu de Villequier. Il sera désaffecté dans les années 1870 au profit d’un feu de Villequier amont et d’un feu de Villequier aval.

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Plan de 1854. ADSM
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Photo, années 1870. Musée Victor Hugo, Villequier

Le système d’éclairage

Nos trois feux sont équipés de réverbères à quatre becs sans doute moins puissants que les appareils sidéraux de Bordier-Marcet qui équipent les fanaux plus proches de la mer ; leur portée est de 3 milles (5,5 km) contre 4 milles. Leur espacement est calculé pour que « la distance d’un phare à l’autre ne [soit] que de peu de minutes ». Ce qui rend aussi « inutile d’en varier les couleurs ».

Un bec d’Argand lampe de Bordier équipe cependant la Neuville et la Vacquerie en 1847.

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Un document de 1843 concernant le fanal de la pointe de la Roque nous montre le gardien « portant à l’épaule, sur une brouette ou sur un brancard le baril d’huile apporté par le service des éclairages ». Est d’abord utilisée l’huile de colza puis l’huile minérale ou pétrole. L’accès à l’appareil d’éclairage se fait par des échelons métalliques, intérieurs à la Neuville, extérieurs à Villequier.

Les gardiens de phare

Le premier projet veut éviter de trop grandes dépenses : « Tous ces petits phares pourraient être allumés tous les soirs et entretenus à peu de frais, non par des gardiens nommés spécialement, mais par les employés des douanes royales, qui, constamment en service sur les plages, pourraient, moyennant une modique rétribution, se charger d’allumer, nettoyer, etc. ».

Des gardiens de phare semblent cependant employés dès les débuts. Mais la fonction ne donne peut-être pas d’abord un emploi à plein temps : à la Vacquerie comme à Villequier, un gardien de phare n’apparaît dans les recensements qu’à partir de 1866, ce qui correspond sans doute à l’installation d’un nouvel appareil d’éclairage. Les gardiens pouvaient peut-être exercer un autre métier pendant la journée.

Les gardiens de phare sont employés par le service navigation des Ponts et Chaussées.

« Le service du fanal est essentiellement un service de nuit » (1843) - le gardien de Vieux-Port pouvait surveiller le feu depuis le premier étage de la mairie. Le service consiste dans l’entretien, l’allumage le soir, la surveillance, donc, pendant la nuit pour guetter un possible arrêt, extinction le matin.

Le gardien habite à proximité de son phare et ça a pu être un critère pour l’embaucher. A Trouville-la-Haule, le feu de Courval amène un regroupement de quelques maisons appelé Le Phare dans les recensements. Au Hode, à Tancarville, à la Roque et à Berville est prévu un corps de logis. L’ensemble est ainsi décrit au Hode en 1845 : « La tour est carrée extérieurement, à l’intérieur elle est circulaire, elle contient un escalier en pierre tournant à noyau plein destiné à faire communiquer le logement du gardien avec la cage de la lanterne. Le bâtiment se compose d’un caveau, d’un rez-de-chaussée, d’un grenier, ces deux étages communiquant par l’escalier de la tour. Le rez-de-chaussée contient la chambre du gardien qui est munie d’une cheminée, un cabinet de service et un office tous 2 symétriquement placés à droite et à gauche de la tour. Le grenier est plafonné et muni d’une cheminée sans compartiment ».

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Pointe de la Roque, phare avec corps de logis.

La Vacquerie
Charles Joseph Bataille en 1842, 1843, 1847
Bataille en 1862
Ambroise Soligny dans les recensements de 1866, 1872, 1876
Edouard Languette dans le recensement de 1886
Le 22 Juillet 1887, le fils de Languette se noie en se baignant dans la Seine. Lui-même décède le 27 du même mois âgé de 44 ans.
Louis Dayaux dans les recensements de 18791, 1901, 1911, 1921
En juillet 1912, Dayaux est promu de la 2e à la 1re classe.

La Neuville
Louis Cyrille Bataille, mentions en 1842, 1843, 1847.

Villequier
Louis Augustin Boyard dans les recensements de 1866, 1872
Amand Louis Bailleur dans le recensement de 1876
Alphonse Florimond Ducrocq dans les recensements de 1886, 1891, 1901, 1906, 1911
En novembre 1909, Ducroc reçoit un diplôme, puis en août 1913 une médaille de bronze pour les observations « sur la pluie, la température et la végétation » qu’il envoie régulièrement au bureau central météorologique.
En juillet 1914, Ducrocq reçoit une médaille d’honneur pour 30 années de service dans la catégorie agents inférieurs de l’administration des travaux publics.

Le système d’éclairage est complété en 1878 par 27 feux entre Rouen et le Caudebecquet, rouges sur la rive gauche, blancs sur la rive droite. A peu de choses près, l’emplacement des 12 feux primitifs est conservé.

Soixante-quatorze feux balisent actuellement la Seine entre Rouen et l’embouchure de la Risle, rouges sur la rive droite, verts sur la rive gauche. Des bouées prennent le relais à l’aval.

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